Dimanche 13 décembre 2009
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En Ouganda, le pays de l'exquis Idi Amin
Dada, une proposition de loi a récemment été déposée qui a pour but, entre autres,
de rendre passible de la peine de mort certains actes d'"homosexualité aggravée" et de rendre obligatoire, sous
peine de prison, la dénonciation dans les vingt quatre heures de tout homosexuel aux autorités compétentes, qui se chargeront ensuite de le torturer avec la joie et l'amour du travail bien fait
qui caractérisent tant de forces de l'ordre dans le monde (la loi ne prévoit pas la torture en garde à vue, mais vous savez ce que c'est, les gars sont sous pression, alors ils se laissent
emporter ...).
L'article du Guardian qui m'a
alertée sur l'affaire relate un aspect du sujet qui justifie pleinement à mon sens qu'il figure sur ce wall of shame d'un type particulier. On suit une partie du parcours d'un homosexuel
ougandais qui après rafle suivie de dénonciation a dû fuir l'Ouganda pour le Royaume-Uni. Sa demande d'asile a été rejetée et il est retourné en Ouganda où une véritable chasse à l'homme a été
mise en place dans les journaux et par la police. Les autorités britanniques ont donc été obligées de convenir que sa vie était vraiment menacée. Ce que j'aime bien, c'est que d'après un militant
historique des droits LGBT en Grande-Bretagne, les lois ougandaises anti-homosexuels sont un héritage de la grande époque de la législation coloniale britannique et il y a une vraie
pertinence à superposer la carte des sodomy laws et celle du Commonwealth et/ou de l'ancienne présence coloniale
britonne.
Récapitulons : au XIXe, des fonctionnaires britanniques, issus d'un monde où l'homosexualité masculine, partout suggérée et
jamais dite, se transmet de père en fils comme le prie-Dieu dans la chapelle d'Eton, le choix du college à Oxford, celui du régiment dans l'armée des Indes et du club londonien interdit
aux femmes où on recrutera des camarades de bains turcs*, des fonctionnaires britanniques, donc, mettent en place une législation de répression de l'homosexualité dans les pays qu'ils décident de
coloniser. Cent cinquante ans plus tard, leurs descendants font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher les descendants des colonisés qui ont bien appris leur leçon anti-bougrerie d'obtenir l'asile
pour sauver leur tête. Il y a fort à parier que ces mêmes membres du old boys club auront très prochainement l'idée de mettre au point un test ADN pour vérifier si le demandeur d'asile est bien un homosexuel masculin ougandais. Avec un peu de chance, le test
pourra au moins leur confirmer que le demandeur d'asile est un homme**.
Trêve de digressions, aux piliers de l'empire colonial britannique qui, à travers leurs descendants spirituels, trouvent encore le moyen
d'enculer, passez-moi le jeu de mots, dans la meilleure tradition du Home Office, les "indigènes" dont ils ont bétonné les conditions d'exploitation, 1 point-ragoût
Pour s'instruire en s'amusant sur Idi Amin Dada, le film Le dernier roi d'Écosse
Une vision, partielle et partiale, de l'homosexualité dans le milieu social au pouvoir en Angleterre : le roman d'E.M. Forster Maurice et son adaptation cinématographique par James Ivory avec Hugh Grant
en méchant
Pour l'étymologie curieuse et amusante du mot bougre et de sa forme empruntée en anglais, bugger, ici
Pour un article en français sur le sujet, là
Pour un peu plus d'infos et des liens sur la législation anti-homosexuels en Grande Bretagne, là
* Pardonnez les clichés. Ils ne seraient qu'intéressants pour un passionné d'histoire des idées et des représentations, s'ils n'étaient pas irrémédiablement liés au climat d'oppression sociale et
de répression sexuelle qui ont fait la triste célébrité d'une certaine Angleterre.
** À moins qu'ils n'aient affaire à un trans. Qu'ils sont contrariants ces Ougandais !
Par Sandra
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Mercredi 9 décembre 2009
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15:08
J'ai revu récemment l'adaptation cinématographique du livre de Iain Banks Complicity
et ça m'a paradoxalement fait chaud au cœur.

Paradoxalement, parce qu'il s'agit de l'histoire assez noire d'un journaliste écossais,
exaspéré de sentiment d'injustice et d'impuissance face au spectacle du monde, qui se retrouve dans le caca quand quelqu'un décide de mettre en application un plan de travail esquissé dans un de
ses articles passés : pourquoi ne pas méthodiquement régler leur compte à tous les affreux puissants qui vendent des armes ou traffiquent des êtres humains dans l'impunité feutrée de leur jacuzzi
?
Ça m'a fait chaud au cœur parce que cela montre que les gens bien (Iain Banks est un gens bien,
de même que Jonny Lee Miller qui joue le journaliste dans le film. Je sais, c'est irrationnel mais c'est comme ça) pensent comme moi et ont, eux aussi, toutes les peines du monde à se retenir de
souhaiter une mort lente et douloureuse à deux trois (mille ?) individus qui ont l'honneur des gazettes.
À Iain Banks, qui écrit des bouquins incroyables et parce qu'il est Écossais, qu'il invente des noms de vaisseaux spatiaux mythiques et qu'il a des idées à la fois uniques et dont on a l'impression de les avoir toujours
eues, 1 point-houris
Sur le livre en anglais, ça
Titre de la traduction française du livre Un homme de glace, d'après l'encyclopédie collaborative et parfois exacte Wikipedia
Sur Iain Banks, en français, le cafard cosmique
Sur le film, en anglais, IMDB
Par Sandra
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Lundi 30 novembre 2009
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13:52
Pour un résumé de toute l'histoire, voir là.
Au mystérieux anonyme qui fit don d'un million de livres (sterling) au pot commun des habitants de l'île écossaise pour leur permettre de racheter le territoire de l'île à leur odieux propriétaire
qui, en plus d'être un exécrable laird comme seule l'Écosse sait en produire, aurait pu avoir le bon goût de ravager la contrée au volant d'une Jaguar vintage et non d'une Ferrari, 1
point-houris*
* Dans mes moments de sentimentalisme, je me prends à rêver que la Reine Mère était l'auteur de ce don entre deux lampées de gin.
Par Sandra
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Lundi 30 novembre 2009
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12:10
Le 10 mars 1906, un coup de grisou suivi d'un
coup de poussier dans les galeries des mines
de charbon de Courrières, département du Pas-de-Calais, provoque une explosion catastrophique dont le bilan final sera 1099 morts.
Trois jours après la catastrophe, la direction et les ingénieurs des mines de l'état décident qu'il ne peut plus y avoir de
survivants et murent la mine pour étouffer l'incendie et préserver le précieux gisement*.
Le 15 mars, les mineurs de la Grand Combe, département du Gard, à 800 km de là, se
mettent en grève comme la majeure partie des mineurs de France pour protester contre les conditions de travail qui leur sont faites.
Dans le même temps, des mineurs allemands principalement venus des bassins houillers de Moselle, en territoire prussien depuis
la guerre de 1870, équipés, eux, de masque à oxygène, viennent en renfort pour aider aux opérations de sauvetage.
Au bout de cinquante cinq jours de grève, les mineurs reprennent le travail.
À la suite de la catastrophe et de la grève, les lampes à feu nu sont remplacées dans les mines de charbon par des lampes plus
sûres.
En 1907, largement à la suite de la grève, la loi sur le repos hebdomadaire (dimanche chômé) est votée et les mineurs, entre
autres, n'ont plus à travailler sept jours sur sept.
Aux ingénieurs du corps des mines, qui savaient mieux que tout le monde ce qu'il fallait faire parce qu'ils
portaient en grande majorité bicorne et qui excellaient dans la préservation des profits de ceux qui, un peu vieux pour être leurs camarades de promotion, avaient de bonnes chances d'être leur
beau-père ou leur beau-frère, 1 point-ragoût
Aux mineurs qui ont tenu cinquante cinq jours de grève, mon admiration incrédule et 1 point-houris
Aux sauveteurs allemands qui ont préféré à l'embrigadement nationaliste la solidarité de la mine, 1 point-houris
(J'ajouterais bien "Aux fonctionnaires dernier échelon de la hors-classe qui prétendent ne pas pouvoir se permettre financièrement de faire une
toute petite journée de grève alors que leur salaire est n fois supérieur à celui d'un enfant de douze ans qui descendait au fond tous les jours de la semaine et gagnait ainsi le droit de revenir
en deuxième saison pour mieux chopper la silicose, 1 point-ragoût" mais on va encore dire que je suis pessimiste.)
* 20 jours après la catastrophe on retrouve treize survivants, 24 jours après la catastrophe encore un.
La chronologie précise de la catastrophe de Courrières sur Ch'ti.org
Ce que L'assiette au beurre, périodique anarchiste, en dit à l'époque, ici
Un article pas si mal d'un blog de lycéens du nord
Des infos sur les ingénieurs des Mines, là
Par Sandra
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Lundi 9 novembre 2009
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22:41
Et puis après, j'essaie d'arrêter de me faire du mal avec la guerre de quatorze.
À l'humanité qui rend parfaitement crédible qu'un jour on fasse des patrouilles communes avec l'ennemi pour
ramasser ses morts dans le no man's land comme des gens civilisés, pour le lendemain soir, tirer sur la braise rougeoyante aperçue dans la tranchée d'en face parce qu'une braise, c'est
au bout d'une cigarette, qu'une cigarette, c'est dans une bouche, qu'une bouche c'est sur la tête du soldat qui veut souffler deux minutes sous les étoiles en s'en grillant une et qu'avec un peu
de chance, il a retiré son casque pour mieux rêver qu'il est chez Mémé un soir de juin après la partie de belote, 1 point-ragoût
* Paroles
Pour un scène de patrouille commune, Un long dimanche de
fiançailles, adaptation de Jeunet du roman de Sébastien Japrisot
Pour une scène où une braise de cigarette se fait tirer dessus, n'importe quel récit de guerre du vingtième
Pour carrément déprimer, ossuaire de Douaumont, près de Verdun
Par Sandra
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